Bail8 min de lectureMis à jour le 07/11/2026

Locataire bruyant ou troubles de voisinage : obligations et recours du propriétaire

Le locataire doit user paisiblement du logement et répond des troubles causés par les personnes qu'il héberge. Saisi par des voisins, le propriétaire doit utiliser les droits que lui donne le bail pour faire cesser ces troubles (article 6-1 de la loi du 6 juillet 1989) : mise en demeure, démarche amiable, puis résiliation du bail par le juge. À défaut, sa propre responsabilité peut être engagée.

Un courrier du syndic, un appel d'un voisin excédé, une pétition glissée dans la boîte aux lettres : votre locataire fait du bruit, la nuit, et ce n'est pas la première fois. Beaucoup de propriétaires pensent que l'affaire ne les regarde pas, puisqu'ils n'habitent pas les lieux. C'est une erreur : la loi leur demande d'agir, et les voisins peuvent se retourner contre eux s'ils restent inactifs.

À l'inverse, le bailleur ne peut pas mettre son locataire dehors sur une simple plainte. Entre les deux, il existe une marche à suivre, graduée, qui protège à la fois les voisins, le locataire et le propriétaire. Ce guide la détaille étape par étape.

Ce qu'est un trouble de voisinage, et ce qui n'en est pas un

Tout bruit n'est pas un trouble. Vivre en immeuble suppose d'accepter une part de gêne : des enfants qui courent, une machine à laver en journée, un meuble déplacé, une fête de temps en temps. Ce qui est sanctionné, c'est le trouble qui dépasse les inconvénients normaux du voisinage, apprécié selon son intensité, sa durée, sa répétition et le contexte des lieux.

  • Nuisances sonores : musique forte, fêtes répétées tard le soir, cris, aboiements continus. Le bruit peut être répréhensible de jour comme de nuit ; seul le tapage nocturne, entre 22 h et 7 h, est défini par une plage horaire au niveau national
  • Autres nuisances : odeurs persistantes, déchets ou encombrants laissés dans les parties communes, dégradations de l'immeuble
  • Comportements : menaces, insultes ou violences envers les voisins, non-respect répété du règlement de copropriété

Le locataire répond non seulement de son propre comportement, mais aussi de celui des personnes qu'il héberge ou qu'il reçoit, même adultes. Un colocataire, un conjoint ou des invités bruyants engagent donc sa responsabilité.

Les obligations de chacun

Le point de départ est l'article 7 b de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 : le locataire est tenu d'user paisiblement des locaux loués, conformément à leur destination. Le Code civil pose la même règle à l'article 1728. C'est une obligation du bail au même titre que le paiement du loyer : la manquer gravement peut justifier la fin du contrat.

Le propriétaire, lui, est visé par l'article 6-1 de la même loi. Lorsqu'il est mis en demeure de façon motivée par les personnes qui subissent les troubles, il doit, sauf motif légitime, utiliser les droits dont il dispose pour faire cesser les troubles de voisinage causés par les occupants de son logement. Autrement dit, il ne peut pas se contenter de transmettre la plainte : il doit faire jouer les leviers que lui donne le bail.

Le propriétaire peut-il être condamné à la place du locataire ?

Oui. Indépendamment de l'article 6-1, la victime d'un trouble anormal de voisinage peut agir directement contre le propriétaire du logement d'où vient la nuisance. La Cour de cassation juge de longue date que le bailleur peut être tenu de réparer les conséquences des troubles causés par son locataire, sans qu'il soit nécessaire de prouver une faute personnelle de sa part. Depuis la loi n° 2024-346 du 15 avril 2024, cette responsabilité pour trouble anormal de voisinage est inscrite à l'article 1253 du Code civil, qui vise notamment le propriétaire et le locataire.

Ce risque est une raison de plus de réagir vite et par écrit. Il est aussi utile de vérifier auprès de votre assureur ce que couvre la responsabilité civile de votre contrat de propriétaire non occupant : notre guide sur l'assurance PNO rappelle ce qu'on peut en attendre.

Étape 1 : vérifier et documenter les faits

Avant d'écrire au locataire, rassemblez ce dont vous disposez. Un juge ne se prononcera jamais sur une impression : il lui faut des éléments datés, précis et, si possible, émanant de plusieurs personnes.

  • Les plaintes écrites des voisins, du syndic ou du gardien, avec les dates et la nature des troubles. Demandez aux voisins de vous écrire plutôt que de vous téléphoner
  • Les attestations de témoins, voire une pétition signée par plusieurs occupants de l'immeuble
  • Les constats officiels : procès-verbal de la police ou de la gendarmerie appelée pour tapage, main courante ou plainte, constat de commissaire de justice
  • Vos propres échanges avec le locataire : courriels, SMS, courriers, en gardant une copie de chacun

Écoutez aussi la version du locataire. Un conflit de voisinage n'a pas toujours un seul responsable, et un bruit de canalisation ou une mauvaise isolation phonique peut relever de l'immeuble, pas du comportement de l'occupant. Dans ce cas, le problème devient le vôtre ou celui de la copropriété : notre guide sur les travaux dans un logement loué explique comment les organiser.

Étape 2 : la mise en demeure du locataire

Si les faits sont établis, adressez au locataire une mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception, ou par acte de commissaire de justice. Elle doit être précise et factuelle :

  • la description des troubles reprochés, avec leurs dates et leur fréquence ;
  • les plaintes reçues et les pièces dont vous disposez ;
  • le rappel de son obligation d'user paisiblement du logement (article 7 b de la loi du 6 juillet 1989) et, le cas échéant, du règlement de copropriété ;
  • la demande claire de faire cesser les troubles, et l'annonce des suites possibles si rien ne change : saisine du juge en vue de la résiliation du bail.

Restez sobre : pas d'accusation que vous ne pouvez pas prouver, pas de menace disproportionnée. Ce courrier sera produit devant le juge si l'affaire va plus loin ; il doit montrer un bailleur qui a réagi sérieusement, pas un bailleur qui cherche un prétexte. Prévenez aussi les voisins ou le syndic que vous avez agi, par écrit : vous gardez ainsi la preuve que vous avez rempli votre obligation.

Les sanctions pénales ne passent pas par vous

Le tapage injurieux ou nocturne est une contravention, punie d'une amende pouvant aller jusqu'à 450 €. Lorsque l'amende forfaitaire s'applique, elle est de 68 € si elle est réglée immédiatement ou dans les 45 jours, et de 180 € au-delà. Ce sont la police, la gendarmerie et, pour les arrêtés municipaux, le maire qui interviennent : les voisins peuvent les appeler directement. Le bailleur, lui, agit sur le terrain du bail.

Étape 3 : tenter une solution amiable

Si la mise en demeure reste sans effet, la voie amiable est la suivante, et souvent la plus rapide. Plusieurs options existent :

  • Le conciliateur de justice : gratuit, il réunit les parties et peut faire constater un accord par écrit. On le trouve auprès des mairies et des tribunaux
  • Le médiateur : le recours est payant, mais la démarche peut convenir à un conflit qui oppose plusieurs voisins
  • La procédure participative : chaque partie est assistée de son avocat pour négocier une solution

Pour les voisins eux-mêmes, une tentative de règlement amiable est en principe obligatoire avant de saisir le tribunal pour un trouble de voisinage. Proposer une conciliation à trois (voisins, locataire, bailleur) est souvent le meilleur moyen de désamorcer la situation avant le contentieux.

Étape 4 : demander la fin du bail au juge

Quand les troubles persistent, deux voies juridiques permettent de mettre fin au bail. Elles passent toutes deux par le tribunal judiciaire du lieu de situation du logement.

  • La résiliation judiciaire : c'est la voie la plus courante. Vous demandez au juge de prononcer la résiliation du bail pour manquement du locataire à son obligation d'usage paisible (articles 1728 et 1729 du Code civil). Vous devez prouver ce manquement ; le juge apprécie librement sa gravité et peut refuser la résiliation s'il estime les troubles insuffisants, ponctuels ou déjà terminés
  • La clause résolutoire : l'article 4 g de la loi du 6 juillet 1989 autorise une clause de résiliation de plein droit pour troubles de voisinage, mais seulement si ces troubles ont été constatés par une décision de justice passée en force de chose jugée. Il faut donc déjà un premier jugement devenu définitif ; la clause ne dispense pas du juge, elle évite simplement le débat sur la gravité une fois ce jugement obtenu

Une fois la résiliation acquise, le locataire qui ne part pas peut être expulsé, mais uniquement en vertu d'une décision de justice et dans le respect de la procédure : commandement de quitter les lieux, délais légaux et trêve hivernale. Notre guide sur la procédure d'expulsion décrit chaque étape. Changer les serrures ou couper l'eau pour forcer un départ est interdit et expose le propriétaire à des poursuites.

Faut-il un avocat ?

Ce n'est pas toujours obligatoire, mais c'est vivement recommandé : la résiliation pour troubles de voisinage se gagne ou se perd sur la qualité du dossier de preuves. Ce guide présente les règles générales ; il ne remplace pas un conseil adapté à votre situation. L'ADIL de votre département peut vous renseigner gratuitement.

Autre option : ne pas renouveler le bail

Si l'échéance du bail approche, le propriétaire peut aussi donner congé pour motif légitime et sérieux, en s'appuyant sur les manquements répétés du locataire à son obligation de jouissance paisible. Le congé doit être délivré au moins six mois avant la fin d'un bail vide (trois mois pour un meublé) et le motif doit pouvoir être prouvé, exactement comme devant le juge. Les règles de forme et de délai sont détaillées dans notre guide pour donner congé à son locataire.

En copropriété : le rôle du syndic

Dans un immeuble en copropriété, les voisins passent souvent par le syndic, qui alerte le propriétaire du lot. Le règlement de copropriété s'impose au locataire pour l'usage des parties communes et la tranquillité de l'immeuble ; son non-respect répété est un élément de plus dans le dossier.

Si le bailleur ne fait rien, un copropriétaire voisin peut aller plus loin : exercer à sa place l'action en résiliation du bail, par la voie de l'action oblique (article 1341-1 du Code civil). Il doit alors démontrer la violation du règlement de copropriété par le locataire, la carence du bailleur et le préjudice qu'il subit. C'est une situation que le propriétaire a tout intérêt à éviter en agissant le premier.

Les cinq réflexes du bailleur

1. Prenez toute plainte au sérieux et demandez-la par écrit. 2. Vérifiez les faits et écoutez le locataire avant de conclure. 3. Mettez en demeure par lettre recommandée, de façon factuelle. 4. Proposez une conciliation avant le tribunal. 5. Gardez une copie datée de chaque échange : c'est elle qui prouvera que vous avez agi.

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