La société civile immobilière (SCI) est l'outil classique pour acheter et louer un bien à plusieurs : en famille, en couple, entre associés. Elle facilite la transmission et évite les blocages de l'indivision. Mais avant de signer les statuts, une question décide de presque tout le reste : la SCI sera-t-elle imposée à l'impôt sur le revenu (IR), comme ses associés, ou à l'impôt sur les sociétés (IS), comme une entreprise ?
Ce guide compare les deux régimes pour une SCI qui loue un logement : comment les loyers sont imposés, ce qui se passe à la revente, le cas particulier de la location meublée, les règles de l'option pour l'IS et ce que le gérant doit tenir chaque année. Les règles citées sont celles en vigueur en 2026. Il s'agit d'informations générales : pour un montage précis, l'avis d'un notaire ou d'un expert-comptable reste indispensable.
Par défaut, la SCI est « transparente » : c'est l'IR
Une SCI qui loue des logements nus n'est pas imposée en tant que telle. Elle relève du régime des sociétés de personnes (article 8 du Code général des impôts) : son résultat est découpé entre les associés selon leurs parts, et chacun l'intègre à sa propre déclaration. Pour un associé personne physique, cette quote-part est un revenu foncier, exactement comme s'il louait le bien en direct.
- Imposition même sans distribution : l'associé est imposé sur sa part du résultat, que l'argent reste sur le compte de la SCI (pour rembourser l'emprunt, par exemple) ou qu'il lui soit versé
- Une déclaration pour la société : la SCI dépose chaque année une déclaration n° 2072 (2072-S dans la plupart des cas, 2072-C dans certaines situations particulières), en ligne, au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai. Elle y indique la part de résultat revenant à chaque associé
- Une déclaration pour chaque associé : la quote-part est reportée sur la déclaration n° 2044 avec les autres revenus fonciers du foyer, ou directement sur la déclaration de revenus (avec une note annexe) si l'associé ne perçoit aucun autre revenu foncier que celui de ses parts
Les charges sont celles des revenus fonciers : intérêts d'emprunt, travaux d'entretien et d'amélioration, taxe foncière, assurance, frais de gestion. Le bien lui-même ne s'amortit pas. Si les charges dépassent les loyers, le déficit foncier remonte chez les associés et s'impute sur leur revenu global dans les limites habituelles, détaillées dans notre guide sur le déficit foncier.
Le micro-foncier n'est ouvert qu'à une condition
À la revente, la plus-value des particuliers
Lorsqu'une SCI à l'IR vend le bien, la plus-value est taxée selon le régime des particuliers, chez chaque associé à proportion de ses parts. Elle bénéficie des abattements pour durée de détention : exonération d'impôt sur le revenu après 22 ans, de prélèvements sociaux après 30 ans. C'est l'un des arguments les plus solides de l'IR pour un patrimoine conservé longtemps. Le calcul complet figure dans notre guide sur la plus-value à la vente d'un bien locatif.
Sur option, la SCI passe à l'IS
Une SCI peut choisir d'être imposée à l'impôt sur les sociétés (article 239 du CGI). Le résultat est alors calculé et imposé au niveau de la société, selon les règles des entreprises, et les associés ne sont imposés que sur ce qu'ils perçoivent effectivement, sous forme de dividendes.
- Le taux : 15 % sur la fraction du bénéfice allant jusqu'à 42 500 € par période de douze mois, puis 25 % au-delà. Le taux réduit suppose un chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros et un capital entièrement libéré, détenu à au moins 75 % par des personnes physiques, ce qui est le cas de la plupart des SCI familiales
- L'amortissement : la SCI peut amortir la valeur du bâti (pas celle du terrain), le mobilier et les gros travaux. Cette charge comptable, qui ne correspond à aucune dépense de l'année, réduit le bénéfice imposable, souvent à zéro pendant de nombreuses années
- Les déficits restent dans la société : ils sont reportés sur ses bénéfices futurs et ne réduisent jamais le revenu personnel des associés
- La sortie de l'argent : les sommes distribuées aux associés sont des dividendes, imposés une seconde fois à leur niveau. Tant que les loyers servent à rembourser l'emprunt ou restent dans la société, cette seconde imposition n'intervient pas
Le revers de l'IS : la plus-value sur la valeur nette comptable
C'est le point qui fait le plus souvent regretter l'option. À la revente, une SCI à l'IS ne relève pas du régime des particuliers : la plus-value est égale au prix de vente moins la valeur nette comptable du bien, c'est-à-dire son prix d'achat diminué de tous les amortissements déjà déduits. Elle est intégrée au bénéfice de l'année et imposée à l'IS, sans aucun abattement pour durée de détention.
Autrement dit, l'amortissement ne fait pas disparaître l'impôt, il le reporte. Plus la SCI a gardé le bien longtemps, plus la valeur comptable est basse et plus la plus-value taxable est élevée. Et si le prix de vente est ensuite distribué aux associés, il supporte en plus la fiscalité des dividendes.
Exemple chiffré, à titre d'illustration
Le piège de la location meublée en SCI
Louer en meublé est une activité commerciale au sens fiscal. Or une société civile qui exerce une activité commerciale est soumise de plein droit à l'impôt sur les sociétés, sans avoir opté : l'administration fiscale cite expressément l'exemple d'une société civile qui donne en location des appartements meublés. Conséquence pratique : on ne peut pas être LMNP à travers une SCI à l'IR.
- La tolérance des 10 % : l'administration admet qu'une société civile reste à l'IR si ses recettes commerciales hors taxes ne dépassent pas 10 % de ses recettes totales hors taxes. Le Conseil d'État a confirmé fin 2025 que ce seuil s'apprécie exercice par exercice
- Un meublé dans une SCI de plusieurs logements nus peut donc, selon les montants, rester sous le seuil ; une SCI qui ne détient qu'un appartement loué meublé le dépasse forcément
- Le risque : un passage subi à l'IS, découvert lors d'un contrôle, avec rappel d'impôt sur les années concernées. Avant de meubler un logement détenu en SCI à l'IR, faites le calcul avec votre comptable
Si votre projet est avant tout de louer meublé, la comparaison pertinente est souvent celle entre une SCI à l'IS et une détention en direct en LMNP, expliquée dans notre guide LMNP ou location nue. Au-delà de certains seuils de recettes, un loueur en direct peut aussi devenir loueur meublé professionnel.
L'option pour l'IS : quand et comment, et peut-on revenir en arrière ?
- Le délai : l'option doit être notifiée au service des impôts des entreprises dont dépend la SCI avant la fin du troisième mois de l'exercice pour lequel elle veut être imposée à l'IS. Elle peut aussi être exercée dès l'immatriculation, en cochant la case prévue sur le formulaire de création ; une simple clause des statuts ne suffit pas
- Une fenêtre pour renoncer : depuis la loi de finances pour 2019, la société peut revenir sur son option jusqu'au cinquième exercice suivant celui au titre duquel elle l'a exercée. La renonciation doit être notifiée avant la fin du mois qui précède la date limite de versement du premier acompte d'IS de l'exercice concerné
- Ensuite, c'est définitif : passé ce délai, l'option devient irrévocable. Et une société qui a renoncé ne peut plus opter à nouveau pour l'IS
- Le coût d'un retour à l'IR : quitter l'IS a des conséquences fiscales comparables à une cessation d'activité, en particulier sur les plus-values latentes du bien. Renoncer n'est donc jamais neutre, même dans la fenêtre de cinq ans
IR ou IS : les critères qui tranchent
- Vous louez nu et comptez garder le bien très longtemps, ou le transmettre : l'IR et ses abattements pour durée de détention sont généralement plus cohérents
- Vous louez meublé : l'IS s'impose de fait, sauf à rester sous la tolérance des 10 %
- Vous êtes dans une tranche marginale élevée et laissez les loyers dans la société pour rembourser un emprunt ou réinvestir : l'IS, avec l'amortissement et le taux de 15 %, peut alléger l'impôt courant
- Vous avez besoin des loyers pour vivre : à l'IS, leur distribution est imposée deux fois (IS puis dividendes) ; l'avantage se réduit fortement
- Vous prévoyez une revente à moyen terme : chiffrez la plus-value sur valeur nette comptable avant d'opter, c'est souvent elle qui fait basculer le calcul
Aucun régime n'est meilleur dans l'absolu : tout dépend de la durée de détention, du mode de location, de votre taux d'imposition et de l'usage des loyers. Une simulation sur toute la durée du projet, revente comprise, est le seul moyen sérieux de comparer.
SCI familiale et bail : deux règles à connaître
Côté locataire, une SCI est un bailleur personne morale, avec une exception pour la SCI dite familiale, constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu'au quatrième degré inclus (loi du 6 juillet 1989).
- La durée du bail vide : un bailleur personne morale doit consentir un bail d'au moins six ans ; la SCI familiale peut, comme un particulier, signer pour trois ans
- Le congé pour reprise : il n'est ouvert qu'à la SCI familiale, au profit de l'un de ses associés. Une SCI entre amis ou associés non parents ne peut donner congé que pour vendre ou pour un motif légitime et sérieux
Le bail lui-même doit désigner la SCI comme bailleur (dénomination, siège) et contenir les mêmes mentions que tout bail d'habitation, rappelées dans notre guide sur les mentions obligatoires du bail.
Ce que le gérant doit tenir chaque année
- Rendre compte aux associés : le Code civil (article 1856) impose au gérant de rendre compte de sa gestion au moins une fois par an. En pratique, une assemblée annuelle approuve les comptes et l'affectation du résultat, avec un procès-verbal conservé
- À l'IR : une comptabilité de recettes et de dépenses suffit fiscalement, mais elle doit permettre de remplir la déclaration 2072 et de répartir le résultat entre associés. Un compte bancaire propre à la SCI est indispensable
- À l'IS : une comptabilité commerciale complète (bilan, compte de résultat, tableau des amortissements), la déclaration de résultats n° 2065, le paiement d'acomptes d'IS lorsque l'impôt dépasse le seuil prévu, et en général le recours à un expert-comptable, dont le coût est à intégrer au calcul
- Dans les deux cas : la déclaration des biens immobiliers sur impots.gouv.fr, les quittances, la révision annuelle du loyer et la régularisation des charges, exactement comme pour un bailleur en direct
En résumé